L’écho des fairways

Interview

Jean-Lou Charon, Président de la FFGolf

Président de la Fédération Française de Golf depuis mars 2013, Jean-Lou Charon aborde avec détermination et sérénité la Ryder Cup 2018 qui se déroulera en France sur le parcours du Golf National. Rencontre sur le golf de Chantaco lors du Lacoste Ladies Open de France.

Après plusieurs années de baisse, le nombre de licenciés est-il désormais stabilisé ?

L’année dernière nous avons enregistré une légère baisse de 0,07%, contrairement à nos pays voisins, tels espagnols, anglais perdent 4% de licenciés. Actuellement en France, nous comptabilisons 408 000 licenciés, mais nous notons une forte progression des pratiquants avec plus de 400 000 pratiquants réguliers qui jouent entre 5 à 10 fois par an. Nous bénéficions donc d’un potentiel de 800 000 licenciés, ce qui pourrait faire de nous dans le futur une Fédération encore plus forte vis-à-vis des pouvoirs publics. L’un de mes objectifs est de faire en sorte que le golf devienne un jour le premier sport individuel en France.
C’est le cas actuellement du tennis qui totalise plus d’un million de licenciés. Je pense que nous pouvons y arriver, car le golf est déjà le premier sport individuel au monde avec quelque 82 millions de joueurs.
Nous devons aussi redoubler d’effort sur la perception du golf auprès du grand public et faire découvrir notre sport d’une manière beaucoup plus large. Il faut en finir avec cette peur de pousser la porte d’un club-house. Beaucoup trop de gens pensent que les golfs sont des endroits privés et qu’ils n’y ont pas accès. Lorsqu’on réussira à passer cet écueil, le golf pourrait devenir le sport individuel numéro 1 en France. A l’échéance de 2017, nous devons avoir progressé dans ce domaine !

Votre ambition était de faire surgir un champion ou une championne durant votre mandat, Pensez vous y parvenir ?

Je vois actuellement pleins de joueurs français qui se détachent, Romain Langasque, Matthieu Pavon qui viennent d’obtenir leurs cartes pour joueur l’European Tour la saison prochaine, mais aussi Greg Havret, Greg Bourdy, Victor Dubuisson, Alex Lévy, Gary Stal, Romain Wattel et bien d’autres.
Le rôle de la Fédération est aussi de soutenir et d’encourager nos joueuses et nos joueurs pour qu’ils puissent se hisser au plus haut niveau de la compétition. J’espère bien sûr que la Ryder Cup 2018 aura un rôle important dans la promotion et la propagation de notre sport et qu’un ou deux joueurs tricolores figureront dans l’équipe européenne.. Mais les Jeux Olympiques de Rio en août dernier ont joué un rôle de catalyseur, parce qu’ils ont montré au monde entier que le golf est un véritable sport, qui plus est olympique.

Comment les Jeux Olympiques de Rio 2016 ont ils été préparés par la FFGolf ?

La Fédération avait mis en place avec les joueuses un groupe Jeux Olympiques qui s’est réuni en Floride sous la conduite de Patricia Meunier-Lebouc. Notre objectif est de bien préparer la compétition à venir, mais aussi d’anticiper les prochains Jeux de Tokyo en 2020 et je l’espère de Paris en 2024. Après 112 années d’absence du golf en tant que discipline olympique, nous essayons également de sensibiliser les golfeurs sélectionnées à l’esprit et à la spécificité de l’épreuve. En revanche, les garçons, Greg Bourdy et Julien Quesne n’ont pas souhaité former de groupe olympique, mais plutôt se voir entre eux. C’est un choix que nous respectons.

Y-a-t-il justement encore selon vous une différence entre les joueurs et les joueuses professionnels ?

Dans mon esprit, il ne devrait pas y avoir de différences entre hommes et femmes, même si dans les faits, il existe encore de grands écarts dans le montant des dotations des épreuves. A la FFGolf, notre objectif est d’aider le golf féminin à trouver les supports financiers nécessaires pour que les joueuses puissent vivre décemment de leur métier et de leur passion. C’est en partie pour cette raison que je suis présent à Chantaco. En 2015, le golf féminin représentait en France 28 % des licenciés, soit 1% de moins que l’année précédente. En Angleterre, elles ne sont que 19% et 22 % aux Etats-Unis.

Où en sont les préparatifs de la Ryder Cup qui se déroulera en France en 2018 ?

Les travaux d’irrigation, de drainage et de plateforme sur le parcours de l’Albatros au Golf National sont terminés. Il reste en mettre en place la logistique, notamment revoir les accès au Golf NationaL. De leur côté, les équipes de Christophe Muniésa et Pascal Grizot finalisent avec Ryder Cup Europe une négociation au niveau de la billetterie. Comme vous le savez, nous ne disposons d’aucun droit sur la billetterie, le marketing et les droits de télévision. Les licenciés français ont accepté de payer trois euros de plus jusqu’en 2019 sur leur cotisation. Nous avions à cœur de pouvoir les remercier en leur proposant à prix coûtant 20 000 billets par jour pour assister à la Ryder Cup.

Comment la FFGolf fait-elle pour donner envie aux amateurs de franchir la porte des clubs ?

C’est vrai que les gens ont parfois des réticences à pousser la porte d’un club-house parce qu’ils pensent que c’est privé et qu’ils n’y ont pas leur place. Pour lutter contre cela, nous avons mis en place le « Pass Go for Golf » qui inclut pour 59 euros quatre heures de leçons collectives et la mise à disposition gratuite du matériel et des balles de practice. Les leçons se prennent à raison d’une heure par séance de manière à ce que la personne revienne à quatre reprises dans un club.
A charge pour le club de nouer une véritable relation de fidélisation avec le futur joueur qui découvre le golf. Nous avons également changé les modalités de passage de la carte verte qui sanctionne vos connaissances théoriques et techniques de base et vous permet d’accéder au parcours. Je porte aussi beaucoup d’espoirs sur le golf dans le milieu scolaire qui peu à peu s’y implante.

Serez-vous candidat à votre propre succession ?

Oui, j’ai annoncé dès 2012 que je me portais candidat pour un deuxième et dernier mandat. Si je suis élu fin mars 2017, je m’arrêterai au 31 décembre 2020 pour laisser la place à un successeur que j’espère pourvoir former. Etre président de la FFGolf, c’est un honneur, un plaisir et une passion. Mais je pense qu’au bout de huit ans, il faut savoir passer le flambeau.

Propos recueillis par Jean-Luc DUCLOS
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