Les joueurs

Portrait

Grégory Havret : Rochelais de naissance, Bordelais d’adoption et Parisien de coeur

En deux semaines Grégory Havret s’est rassuré. Deux Top 10 de suite sur le Tour européen pour valider le travail de nouveau entrepris avec Benoît Ducoulombier. À presque 40 ans, Greg affiche les meilleurs résultats sur l’European Tour depuis le BMW Open International en 2014, avec une dixième place construite patiemment et très régulièrement (69-70-70-69) sur le parcours long et venteux de Black Mountain en Thaïlande puis une semaine plus tard, il signe un deuxième Top 10 à New Delhi en Inde sur un vieux parcours fort et très étroit, avec une sixième place.

GOLF OXYGENE  : Vous vous êtes classé deux fois dans le Top 10 sur le Tour européen en mars en Thaïlande puis en Inde une semaine plus tard. Je pense que vous devez être très satisfait…
GREG HAVRET : Le résultat fait plaisir c’est certain. C’est long d’attendre presque deux ans pour de nouveau signer un top 10 sur le Tour après ma seconde place en play-off au BMW Open International. Maintenant je n’ai pas explosé de joie d’autant que j’ai un petit goût d’inachevé en prenant des bogeys au 18 lors des deux derniers tours de ces tournois. En Inde j’ai tenté d’accrocher un éventuel play-off et ce n’est pas passé. Par contre la semaine précédente à Hua Hin enThaïlande, je fais une grossière erreur en jouant trop la sécurité… Ces deux semaines et ces deux places dans le Top 10 font un sacré bien. Ça faisait un bout de temps que je n’avais pas ressenti les prémices d’une potentielle victoire notamment en ayant un bon putting.

G O  : Vous avez récemment repris comme coach coach Benoît Ducoulombier après une interruption de trois ans. Ceci explique peut-être ce retour au premier plan ?
G H  : Je crois que moi comme Benoit on a évolué dans le bon sens. Lui a vécu d’incroyables moments avec Victor Dubuisson ainsi qu’avec d’autres joueurs tels Gwladys Nocera, Julien Quesne et maintenant Romain Langasque. J’avais travaillé auparavant neuf années avec Benoit et j’ai retrouvé un Benoît bien plus sûr de lui. Quand on échange désormais, j’ai pleinement le sentiment d’avoir quelqu’un en face de moi qui me dit "c’est comme ça et pas autre chose". Je pense que je ne l’aidais pas non plus il y a quelques années à pleinement s’ouvrir. C’est vraiment génial de se retrouver aujourd’hui et de repartir sur de nouvelles bases.

G O : Comment travaillez vous avec lui aujourd’hui ?
G H : C’est le même genre de séances qu’avant. Benoît ne s’éparpille pas en général. On se fixe sur deux ou trois points clés qu’on travaille à fond, par exemple la routine et le démarrage de mon swing en ayant un club “plus square“ à l’adresse. Et puis il a une grande capacité à rassurer. Il a une manière d’enseigner qui détend énormément. Lorsqu’on est un “peu dans le dur,“ il arrive à nous démontrer que les choses avancent dans le bon sens malgré tout. Benoît sait transcender les gens, c’est une de ses qualités indéniables, peu de coachs l’ont. Il n’a pas touché à mon swing, sauf lors de la routine comme je l’ai expliqué auparavant, preuve que le boulot avec Jamie Gough, mon précédent entraîneur a été dans l’ensemble bon. Je regrette seulement de ne pas l’avoir assez vu pendant les trois années de notre collaboration. Avec Benoit on se concentre beaucoup sur le chipping et le putting.

G O : Ce travail sur le petit jeu est-il purement technique ?
G H : Je dirais que c’est au moins 50% technique. Pour le reste, je regarde comment repose la balle et je m’adapte en fonction. J’avais perdu complètement cette notion car je jouais tout le temps le même coup autour des greens… Je manquais cruellement de stratégie en fonction du lie de la balle ou de la situation de jeu.

G O : Autre nouveauté depuis quelques mois, la présence à vos côtés d’un préparateur physique, Benjamin Anorga. Que recherchez-vous ensemble ?
G H : Le but de mon travail avec Benjamin est de rester le plus longtemps possible sur le circuit européen car j’aime profondément cela et je ne me vois pas arrêter. Depuis Tiger Wood, puis Rory Mc Illroy et Jason Day maintenant le golf a vraiment évolué car les golfeurs qui évoluent sur les différents tours sont de véritables athlètes. Benjamin m’a fait prendre conscience de l’intérêt d’un échauffement de 45 minutes avant la partie, à base d’éveil musculaire, de dérouillage articulaire, d’échauffement cardio et d’échauffement spécifique. Aujourd’hui je ne me vois plus jouer un tour sans réaliser une bonne séance d’échauffement en amont.

G O : Estimez-vous avoir retrouvé une confiance qui explique vos dernières performances ?
G H : Elle n’est jamais vraiment acquise cette confiance… Mais je suis quand même patient depuis un bon bout de temps. Je ne jouais pas comme j’en avais envie, ça n’avançait pas c’était frustrant. J’ai quand même le recul pour me rendre compte que même si ça n’allait pas très bien, ça pouvait être bien pire. Donc patient, oui parce qu’on y est obligé dans ce sport. On passe tous par des périodes un peu compliquées. Je pense à Rory Mc Illroy quand il a changé d’équipementier, je pense à Victor Dubuisson ces derniers temps. Après, tout est relatif bien sûr. Je sens que les choses vont bien mieux, mais je ne crie pas encore victoire je sais qu’il y a encore du chemin. Les choses sérieuses commencent vraiment avec le retour du circuit en Europe, à Valderrama notamment et les gros tournois qui suivent…

G O : Toujours le même équipementier ?
G H : Oui, depuis 1993, je joue Ping, notamment en bois la série G et en fers la série I3.

Propos recueillis par Jean-Luc DUCLOS

Passé professionnel en 1999, après une brillante carrière amateur (Champion de France à 3 reprises, Omnium National en 2008) Grégory Havret a remporté trois tournois sur le circuit de la PGA européenne : l’Open d’Italie en 2001, l’Open d’Ecosse en 2007 et le Johnny Walker Champioship en 2008 à Gleneagles (Ecosse). Lors de son succès en 2007 en Écosse, il s’impose après un play-off face à l’Américain Phil Mickelson, alors numéro trois mondial.
En 2001, il terminera également 5e de l’Open de France à trois coups du vainqueur, l’espagnol José-Maria Olazabal.
Mais son fait de gloire qui est resté dans la mémoire des golfeurs français est sa seconde place à l’US Open 2010, à un coup du vainqueur nord-Irlandais Graeme Mc Dowell et en devançant Tiger Woods, Phil Mickelson et Ernie Els, respectivement 1er, 2e et 6e mondiaux, alors que Grégory Havret est seulement classé 391e mondial.
Grégory Havret termine premier français en 2011, 27 è européen, grâce notamment à quatre Top 5 sur le tour européen : UBS Hong-Kong Open, Avantha Masters, Portugal Masters et Spanish Open. Entre 2012 et 2015, , il se classe 14è à l’Avantha Open en 2012, 3è au KMM Open, 7è à l’Omega European Masters, 5è au Russian Open en 2013, 2è au BMW Open en 2014 et 9è au Saltire Match Play en 2015.
Au classement européen, son meilleur classement est 19è en 2007 et dans les trois dernières années, il oscille entre la 84è et la 100è place.


Sa plus grande performance : second de l’US Open 2010.

L’US Open 2010 organisé du 17 au 20 juin sur le mythique parcours de Pebble Beach a bien failli accoucher d’une victoire historique pour le golf français.

Après deux premières cartes de 73 (+2) et de 71 (par), Grégory Havret s’offre une superbe quatrième place à l’issue du troisième tour grâce à un score de 69 (-2).
Dans le par total à la veille d’une dernière journée forcément intense, le Rochelais pointe à six longueurs de Dustin Johnson, solide leader à -6. Graeme McDowell, deuxième, est à trois coups derrière l’Américain et possède trois coups d’avance sur Havret.
Tiger Woods, seul troisième à -1, va partager sa partie ce dimanche 20 juin 2010 avec le Français, qui réalise alors un rêve de gosse : jouer avec le meilleur golfeur du monde. “J’y pense assez souvent", soupire Grégory Havret.
Surtout quand l’US Open pointe à l’horizon. Mais je ne peux pas m’empêcher de ne pas avoir été capable de faire ce birdie au 18 ou ce par au 17 qui auraient changé ma vie. Deuxième et premier, la différence est bien plus importante qu’entre deuxième et manquer le cut. Je n’ai pas perdu cet US Open en commettant des erreurs sur des choix de clubs et sur des coups de golf approximatifs. Tout s’est joué à la régulière entre Graeme (McDowell) et moi. Graeme a mieux géré la fin de parcours que moi.
C’est évidemment ma plus grosse déception de golfeur professionnel, car finir deuxième à un coup du vainqueur en faisant deux putts au 17 puis deux putts au 18, c’est plutôt rageant…“

Ma partie du dernier tour avec Tiger Woods.
“A la veille de ce dernier tour, la victoire, je n’y pense pas un seul instant. Dustin Johnson est alors largement en tête avec trois coups d’avance sur McDowell. Quant à moi, je suis à six coups de Johnson. Le dimanche, sur le putting green, quinze minutes avant de m’élancer, je me suis retrouvé avec Ernie Els, Phil Mickelson et Tiger Woods. J’ai presque envie à ce moment-là de me faire un selfie avec eux tellement ça parait irréel. Els et Mickelson viennent me serrer la main car ils étaient dans la partie qui me précédait. Et puis arrive Tiger. Un moment impressionnant car il y avait beaucoup de supporters, et beaucoup de bruit autour de nous. Il me serre à son tour la main et se présente : « Hi, I’m Tiger ! » Oui, je sais qui tu es (rires). Au départ du 1, pendant 5 minutes j’ai un peu perdu mes moyens. Heureusement que j’ai tapé très rapidement deux très bons coups. Cela m’a permis de ne pas trop gamberger. Avec Tiger, on a un peu discuté sur le parcours, surtout de nos enfants respectifs…Jusqu’au dernier putt du 18, Tiger m’a encouragé. La partie a été plutôt sympa.“

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